Marine sortit de son collège , dans la foule. Après avoir passé le portail de l'établissement (le seul collège de St Aléïa, son petit village situé près de St Malo, en Bretagne), elle courut pour rejoindre, après un virage, une colline fichée de trois menhirs* et d'un dolmen*. Elle s'assit sur ce-dernier.
La “Lande aux Korrigans”( à coté de laquelle se trouvait cette colline) n'étant pas très fréquentée, la jeune fille resta dans un silence que seul le chant des oiseaux troublait.
Les Korrigans, petites créatures grincheuses, possédaient selon les légendes des pouvoirs étranges, et s'en servaient pour jouer des mauvais tours à tous les gens qu'ils croisaient. Les légendes étant répandues en Bretagne et Marine ayant eu un peu peur la première fois qu'elle avait posé le pied sur le chemin caillouteux de la “Lande aux Korrigans”, elle avait ensuite fouillé dans ses nombreux livres et avait appris qu'ils ne sortaient que les nuits de pleine lune.
Ce sont des créatures assez petites, ressemblant à des gnomes, vêtues de pantalons bouffants, de chemises chaudes et de bonnets en velours. Ils mesurent entre vingt et trente centimètres.
La jeune fille sortit de son cartable le cahier où elle notait son travail “à la maison” et s'exclama après un coup d'oeil :
- Super, j'ai pas de devoirs !
Elle rangea son agenda de texte dans son cartable, s'allongea sur le dolmen et étala ses cheveux bruns sur la pierre froide. Du haut de ses onze ans, elle avait de grands yeux qui hésitaient entre le vert et le doré. Ce qu'elle aimait appeler ses “boucles brunes” lui descendaient jusqu'aux épaules, ses joues rebondies lui donnaient l'air plus jeune. La jeune fille avait un
petit nez un peu pointu, et quelques boutons d'acné. Quelques bleus sur les tibias finissaient la description de son physique.
-Que vais-je faire à la place de mes devoirs ? se dit-elle en se rasseyant.
Elle se trouvait en face d'un menhir qu'il aurait suffit de pousser assez fort vers l'arrière pour qu'il tombe dans un pré où paissait un troupeau de vaches. A sa droite, deux autres menhirs étaient dressés. Marine descendit en s'agrippant aux colonnes de pierres et s'assit sur le sol en s'adossant au dolmen.
Peu à peu, elle suivit le chemin du soleil qui se couchait derrière le menhir face à elle.
C'est alors que se produisit une chose assez étrange...
Le signe gravé sur le bloc de pierre polie, représentant un serpent noir enroulé sur lui-même en trois tourbillons (en Celte un triskel*) lui sembla briller d'une étrange lumière bleue fluorescente. Marine pensa d'abord que le soleil lui jouait un tour ; mais l'astre avait justement disparu... alors qu'en novembre, la nuit ne descend pas si tôt...
Elle reporta en suite son attention sur le symbole celtique : il se mit à briller encore plus intensément. Intriguée, la jeune collégienne s'approcha du menhir... Elle effleura le signe qui, à son grand étonnement, était tiède.
Il faisait sur la colline plus sombre qu'à l'accoutumée, alors qu'il n'était que cinq heures, d'après le cadran fluorescent de sa montre. La jeune fille se mit à tâtonner la roche, cherchant quelque mécanisme pouvant déclencher cette lumière. Mais, quand ses mains revinrent sur le triskel, sans savoir pourquoi, elle l'enfonça.
Un déclic se produisit et ... “Bam !!!”
Marine avait atterrit sur un sol de marbre bleu, lisse et glacé. A son contact, le sol devint aussi chaud que le fameux dessin .
Marine se releva malgré son vertige et se rendit compte qu'elle était dans une grotte de pierres taillées, dont les murs étaient gravés de symboles ressemblant à celui qui était sur le menhir. Curieuse, la jeune collégienne passa sa main sur un des blocs de marbre qui formait le mur. Les dessins gravés dessus s'illuminèrent eux aussi de la même lumière bleutée que le triskel.
Quand, comme ils avaient tous pris la même couleur et la même luminosité, elle put y voir plus clair, elle comprit qu'elle était dans une grotte dont les parois étaient décorées de lettres celtes. En effet, la Bretagne ayant vécu une époque celte, Marine avait choisi, comme langue morte, celle-ci ; mais elle n'eut pas le temps d'essayer de décrypter le grand livre qu'étaient ces murs, car des pas retentirent dans le fond de la grotte ...
Menhir : Monument antique constitué d'un grand bloc de pierre polie allongé planté verticalement
Dolmen : Monument antique constitué d'une ou de plusieurs grandes pierres plates posées horizontalement sur deux pierres taillées dressées à la verticale.
triskell* : signe celte représenté sur mon profil et dans l'article précédent